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Soudaine-Lavinadière - Prieuré du Saint-Sépulcre

2009

Moyen Age - Moderne

Patrice CONTE

L’année 2009 marque le début d’un nouveau pro­gramme triennal sur le site du prieuré du Saint-Sépulcre, devenu ensuite commanderie hospitalière1et de l’église de Lavinadière. Partant des acquis des années de fouille antérieures, la campagne de 2009 a été orientée suivant deux directions complémen­taires : les travaux de terrain et les études conjointes menées aussi bien à partir des vestiges matériels que de la documentation écrite.

Sur le premier point l’effort a concerné les vestiges de la phase finale d’occupation lors de laquelle le prieuré va subir des transformations architecturales radicales (phase III : XVe-début XVIIe s.) et ceux des phases anciennes médiévales (XIIIe-XIVe s.) auxquelles appartiennent au moins deux bâtiments dont un long édifice rectangulaire que l’on identifie désormais comme étant le logis prioral des chanoines du Saint-Sépulcre.

Plusieurs secteurs, déjà ouverts à la fouille les années précédentes ou au contraire inédits, ont été étudiés cette année. En procédant d’ouest en est :

Près du porche de l’église, deux segments de murs, malheureusement très récupérés forment l’angle d’un probable nouveau bâtiment qu’il conviendra de situer chronologiquement ; il marquerait l’extension de l’aire bâtie au sud-ouest lors de la phase III. Au nord-ouest, l’exploration du logis tardif (Bat.2) a été poursuivie et la cuisine établie dans la partie occidentale du rez-de-chaussée est désormais en très grande partie dégagée : à l’opposé de l’évier de boucherie mis en évidence lors des précédentes campagnes, la base d’une large cheminée aux piédroits chanfreinés et amortis d’un congé a été dégagée. Une couche d’occupation contemporaine du fonctionnement de ces aménagements a livré un mobilier qui atteste une uti­lisation dès au moins le début du XVIe s. jusqu’à l’abandon du bâtiment. A noter, parmi les éléments lapidaires en granite découverts dans l’horizon d’abandon, la présence d’une gargouille anthropo­morphe et d’une clé de voûte d’ogives à quatre nervures, reliquats d’élévations aujourd’hui dispa­rues.

Au nord, en rebord de la plateforme qui porte le site, un nouveau segment de fossé, taluté par une escarpe maçonnée, marque la limite de l’enclos. Apparemment, cet aménagement pourrait être contemporain de celui présent à l’est du site (voir notices précédentes : fossé Fs.11). Ce qui reste éton­nant, dans le cas présent, c’est la position de cette structure en rebord même de la rupture topogra­phique « naturelle », on pourrait y voir une volonté de renforcer l’aspect de fortification de cet aménagement qui reste, par sa construction, faiblement défen­sif et marque surtout l’extrémité de l’espace bâti autour des bâtiments principaux du prieuré.

Les découvertes correspondant aux vestiges de la phase ancienne du prieuré sont situées essentielle­ment en deux secteurs de la zone fouillée et concernent deux bâtiments et leurs abords. Le premier (Bât.4) n’est pour l’instant connu que très partiellement. En effet, ce bâtiment rectangulaire, orienté nord-sud, est en partie fossilisé sous les ves­tiges du dernier état : extrémité orientale du bâtiment 2, atelier de forge (S.20) et tourelle flanquant l’angle du bâtiment 1. C’est d’ailleurs à l’intérieur de cette dernière, sous le sol d’occupation de la tour, que l’on a découvert l’un des angles du bâtiment 4. On atten­dra ici la poursuite des dégagements en 2010 pour préciser à la fois les limites et la fonction de ce bâti­ment.

En revanche, le second et plus important édifice de la phase II (Bât.3), long bâtiment rectangulaire de plus de 22 m de long sur 7,5 m de large a fait l’objet d’une poursuite de fouille dans trois secteurs différents :

  • dans la pièce occidentale, étudiée lors des pré­cédentes campagnes, une seconde fosse-silo (Fs.05), en partie engagée sous l'un des deux murs gouttereaux a été entièrement fouillée. Elle a livré un mobilier plutôt abondant de vaisselle de verre mais surtout céramique avec une série d’au moins 9 formes fermées et une forme ouverte qui pourraient être comparées à des productions de la seconde moitié du XIVe s. découvertes antérieure­ment en milieu urbain en Corrèze, en particulier à Uzerche, ainsi que des macrorestes végétaux actuellement en cours d’étude ;
  • à l’est, dans la seconde pièce, la fouille a permis de mettre en évidence de nouveaux éléments architecturaux particulièrement bien conservés associés à ce niveau de cellier enterré : un second escalier d’accès a été mis au jour, il distribue le cellier depuis l’extérieur et a été aménagé dans une trémie maçonnée, plusieurs de ses marches comportent des croix gravées, provenant d’éléments en remploi. Un pilier a également été découvert, sa partie inférieure en place au centre de la pièce et les autres éléments (fûts, tailloir et chapiteau) dispersés autour. Ce dispositif archi­tectural confirme le couvrement de la pièce souterraine par un plancher, probablement terré, qui constituait ainsi le sol du rez-de-chaussée du bâtiment. Enfin, l’important mobilier lapidaire recueilli dans l’épaisse couche d’environ 2 m d’épaisseur de destruction de l’édifice (pour l’instant 70 éléments) permettra au terme de l’étude de restituer l’architecture de plusieurs structures architecturales, qu’il s’agisse de celles associées au cellier enterré (baies et portes) ou de l’étage comme le suggère la découverte cette année du linteau en arc trilobé d’une fenêtre ;

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Escalier d’accès depuis l’extérieur au cellier enterré (s.26). Au premier plan : la porte à double vantail, à l’arrière : l’escalier incluant des pierres à croix gravées (1re, 2e et 4e contremarche) (mire de 1 m)

 

  • enfin, une première reconnaissance des abords du bâtiment montre que les sols contemporains de l’utilisation du bâtiment sont conservés et intè­grent plusieurs fosses en cours d’identification.

Au delà des travaux de terrain, les études ont été menées suivant plusieurs directions. La poursuite du dépouillement du terrier du XVe s. par A. Marty a été axée sur l’étude des biens et possessions du prieuré implantés essentiellement dans la moitié nord-ouest de l’actuel département de la Corrèze, depuis son secteur viticole (Voutezac) jusqu’à la Montagne limousine (prieurés secondaires de Fournol et d’Orluc). Les études de mobiliers, en particulier céra­mique et métallique ont été également poursuivies et la fin du traitement pour étude des séries précé­dentes (en particulier le dépôt d’objets intégrant une arbalète) permettra à terme de documenter les aspects de la vie quotidienne au cours de l’occupation du site. A noter que le numéraire s’est enrichi cette année de seize nouveaux éléments, parmi les­quels un denier de l’évêché d’Arles (1351-1359) découvert dans le silo Fs.05 (étude D. Dussot). Les analyses carpologiques (A. Bouchette) ont également été menées dans deux secteurs privilégiés où elles se sont avérées les plus positives jusqu’ici : au sein du silo Fs.05 et dans une couche de dépotoir du cellier du bâtiment 3, en livrant des informations encore inédites sur les plantes cultivées et/ou ali­mentaires de la phase médiévale II.

 

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Sous le sol de la tourelle du dernier état architectural : murs conservés appartenant à l’état médiéval (XIIIe-XIVe s.). (mire de 1 m)

 

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Monuments funéraires limousins (XIe-XVIIe s.)

2009

Prospection thématique

Manon DURIER

  

Après deux premières campagnes réalisées entre 2005 et 2007 au sud de la Haute-Vienne, une nouvelle pros­pection thématique sur les pierres tombales limousines (XIe-XVIIe s.) a étendu l'inventaire à deux autres zones situées pour l'une au sud-est de la Corrèze (31 com­munes) et pour l'autre au nord-ouest de la Haute-Vienne (21 communes) (Fig. 1). La stratégie d'échantillonnage de la documentation par territoires délimités arbitraire­ment a ainsi été poursuivie au sein d'un espace à la fois historiquement et géologiquement cohérent : l'ancien diocèse de Limoges. Ce changement d'échelle d'analyse a été permis par la poursuite des recherches d'un master d'archéologie dans le cadre d'une thèse de doctorat. La méthodologie de l'inventaire – fondée sur la prospection systématique des édifices cultuels et des cimetières – n'a pas été modifiée. De même, la collaboration initiée avec l'association ArchéA a été poursuivie avec succès pour accélérer le long travail d'enregistrement des caractéris­tiques descriptives des pierres tombales ainsi que la couverture photographique. Ainsi, l'ensemble de ces investigations de terrain a-t-il permis la prospection de près de 120 communes et la documentation de 541 pierres tombales, pour la plupart d'entre elles jusqu'alors inédites, attribuables à une période comprise entre le XIeet de XVIIe siècle.

 

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Le corpus se décline en trois grandes catégories : les dalles funéraires, les pierres tombales en bâtière et les gisants. Si la faible représentation des effigies funéraires a été confirmée par les résultats de la dernière cam­pagne, celle-ci a, en revanche, montré de fortes disparités concernant la répartition des densités de pierres tombales en bâtière. De même, si l'on retrouve dans l'ensemble de la région un répertoire homogène de motifs iconographiques, on constate cependant que toutes les formes ne sont pas utilisées avec la même fré­quence d'une zone à une autre. Ainsi la bonne diffusion notée au sud de la Haute-Vienne des dalles funéraires portant des insignes d'artisan ou de pèlerin ne trouve-t-elle pas d'écho au nord-ouest du département ou au sud-est de la Corrèze. A l'inverse, les éléments héral­diques (Fig. 2) sont plus nombreux dans les zones prospectées en 2009. Une analyse spatiale fine de ces variations sera nécessaire pour interpréter l'ensemble des signalisations de sépulture conservées. Celles-ci témoignent en effet à la fois de fonctions mémorielles liées au christianisme et d'usages sociaux corrélés à des enjeux politiques. Or, au-delà d'une continuité apparente des formes, l'iconographie funéraire limousine rend sen­sible des mutations profondes qui modèlent la société entre Moyen Âge et époque moderne.ne (21 communes) (Fig. 1). La stratégie d'échantillonnage de la documentation par territoires délimités arbitraire­ment a ainsi été poursuivie au sein d'un espace à la fois historiquement et géologiquement cohérent : l'ancien diocèse de Limoges. Ce changement d'échelle d'analyse a été permis par la poursuite des recherches d'un master d'archéologie dans le cadre d'une thèse de doctorat. La méthodologie de l'inventaire – fondée sur la prospection systématique des édifices cultuels et des cimetières – n'a pas été modifiée. De même, la collaboration initiée avec l'association ArchéA a été poursuivie avec succès pour accélérer le long travail d'enregistrement des caractéris­tiques descriptives des pierres tombales ainsi que la couverture photographique. Ainsi, l'ensemble de ces investigations de terrain a-t-il permis la prospection de près de 120 communes et la documentation de 541 pierres tombales, pour la plupart d'entre elles jusqu'alors inédites, attribuables à une période comprise entre le XIeet de XVIIe siècle.

 

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