Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin Tome CXXIV, 1996.
Le château de Loubignac1 a peu attiré l'attention des chercheurs2. Il est vrai qu'il n'en reste guère qu'une tour ruinée et enlierrée. En outre, il ne s'agit pas d'une seigneurie de premier plan. Il s'agit de l'un de ces innombrables fiefs disséminés dans les paroisses. Celle d'Arnac en comptait une vingtaine à la veille de la Révolution, ce qui est important3 (fig. 1). Loubignac est cependant l'un des plus anciens.
Fig. 1 - La paroisse d' Arnac [la-Poste ], Les fiefs avant 1789 (d'après carte IGN. 1 n° 41, et A. Lecler)
La géographie féodale de ce secteur est assez mal définie. Une enquête minutieuse, en particulier aux Archives de la Vienne et de la Creuse, permettrait certainement d'en affiner notre connaissance. Je ne l'ai pas menée, et me suis contenté de constater que la paroisse d'Arnac est située en une zone de confins, entre les possessions du comte de la Marche, des vicomtes de Bridiers et de Brosse, et de l'évêque de Limoges. Bernadette Barrière, dans sa cartographie des grandes seigneuries limousines au XVe siècle, a d'ailleurs identifié cette paroisse comme un «secteur où les dominations féodales sont fortement imbriquées»4.
Cette résidence de la famille des Barton de Montbas s'avère pourtant intéressante, pour deux raisons, d'ailleurs essentiellement archéologiques5. La première concerne la structure de la demeure. En effet, et pour ce que l'on peut en appréhender aujourd'hui, il convient d'insister sur la présence d'un donjon résidentiel de la fin du Moyen âge, bien isolé des courtines du reste du château. Le fait n'est pas exceptionnel, on le verra, mais a le mérite d'être conservé. La seconde réside dans l'aménagement - hésitant - de la circulation verticale. L'escalier, initialement prévu sous forme de vis, s'est vu redistribué en cours de chantier .
LE CHÂTEAU DES BARTON DE MONTBAS
Les Barton de Montbas se disent originaires d'Écosse. L'un d'entre eux se serait établi dans la Marche vers 12606. Les papiers de famille ont brûlé en 1544 mais la filiation a été établie au XVllle siècle. Peu nous importe ici. La documentation disponible nous signale un certain Roland, écuyer, seigneur de Montbas, paroisse de Gajoubert (Haute-Vienne), en 1351. Sa descendance affiche une propension à l'exercice de charges administratives, d'abord comtales, puis royales. On notera que sur trois générations, l'héritier des titres de famille suit une formation de juriste. Les autres garçons sont placés à des postes ecclésiastiques importants. Le XVe siècle correspond indéniablement à une période d'enrichissement et d'ascension sociale pour les Barton de Montbas.
Entre 1380 et 1420, Jean Barton, licencié ès lois, est pourvu de plusieurs offices au sein de l'administration comtale. Entre 1437 et 1455, comme secrétaire du comte Jean de Bourbon et son Chancelier de la Marche et du Dauphiné, il réside principalement dans son hôtel urbain de Guéret. Il cumule d'ailleurs ces charges comtales avec celles de lieutenant général de la Basse-Marche, de garde scel du roi en le bailliage de Limoges, de conseiller du roi et de premier président du parlement de Bordeaux7. L'un de ses frères ou oncles, Pierre, est gardien du sceau comtaI en 13928. On précisera que la longévité de Jean Barton, attesté de 1380 à 1455, cache peut-être un père et son fils. La terre de Loubignac fait alors partie des possessions familiales.
La carrière assez brillante de ce Jean, à la fois comme officier comtal et royal, permet à sa progéniture de s'affirmer au sein de la haute noblesse : Pierre, chevalier, vicomte de Montbas, seigneur de Loubignac, est également licencié en lois, conseiller et chambellan du roi, son valet de chambre, lieutenant général et chancelier de la Marche, sénéchal du Dorat. En 1486, le comte de la Marche le pensionne à hauteur de 100 £t. Il épouse la fille du premier président du parlement de Paris en 1444, et meurt en 1491. Parmi ses frères, Jean devient évêque de Limoges (1457-1484) et archevêque de Nazareth (? 1497), Etienne abbé de Conques, Pierre abbé du Dorat, et Jacques protonotaire du pape9.
A la génération suivante, Bernard, également licencié ès lois, vicomte de Montbas, seigneur de Loubignac, garde et chancelier de la Marche, épouse en premières noces une petite-fille de Jacques C?ur, puis en secondes Marie de Sully. L'un de ses frères, Jean, devient évêque de Limoges (1484-1510), succédant ainsi à son oncle10.
Le musée de l'Évêché, à Limoges, conserve une statuette de la Vierge aux pieds de laquelle figure un évêque agenouillé. Ses armes sont celles des Barton de Montbas : « D'azur au cerf d'or, onglé et ramé de même, au chef échiqueté d'or et de gueules de trois traits ». Un élément lapidaire, également aux armes des Barton, est aussi conservé dans le même musée.