Par Eric BALBO et Patrice CONTE
Extrait de
Archéologie du monde souterrain
Actes des premières journées-rencontre de
l’association pour le développement de l’archéologie sur Niort et ses environs
Les monuments qui forment le patrimoine historique de la ville de Limoges ont fait l'objet de nombreuses études savantes. Si leur connaissance n'est peut-être pas totale, elle nous est restituée de manière souvent détaillée grâce à de nombreuses études érudites du XIXe siècle et des travaux plus récents de notre siècle. Cependant, ils ne sont pas les seuls à présenter de l'intérêt à Limoges. En effet, il est un ensemble architectural encore largement méconnu dans cette ville : le sous-sol des noyaux urbains médiévaux de l'agglomération, qui n'a pas encore fait l'objet d'une étude systématique.
La légende, voire le mythe, est toujours fort : lorsque ce sous-sol est voûté d'ogive, la croyance populaire y voit des lieux de culte : chapelles, églises ou même restes d'abbaye ; lorsque ce sont des boyaux de quelques développements, l'on parle aisément de souterrain reliant des lieux distants de plusieurs kilomètres1, sans prendre en considération les nombreux problèmes techniques que cela aurait posé au Moyen Age... ou encore de nos jours.
Aujourd'hui, une problématique peut être esquissée tant dans ses objectifs que dans les méthodes mises en jeu : il s'agit dans un premier temps de mener l'étude sur un ensemble urbain bien délimité. Dans le cas présent, îlot retenu2 est compris entre la place des Bancs, la rue du Consulat, la rue Cruche-d'Or et la rue Elie Berthet (figure 2). Cette recherche, actuellement en cours, est une contribution à l'histoire et à l'évolution du tissu urbain de la ville depuis l'époque médiévale, et ce à la fois sur le plan de l'urbanisme, de l'architecture et de la culture matérielle de ses habitants.

Fig. 1 : situation des sites étudiés par rapport aux villes médiévales de Limoges. Trame aux traits : emprise des villes médiévales ; trame magenta : périmètre de recherches du programme d'étude ; pastilles rouges : 1, rue du Temple - 2, îlot Gabriel-Péri.
Les méthodes que l'on développera dans cette optique s'organisent autour de plusieurs pôles :
37 parcelles construites ;
24 indications bibliographiques ou d'archives ;
21plans;
1 fouille archéologique.
l'étude des données archivistiques et le traitement des sources imprimées ;
le repérage des cavités et la constitution d'un dossier dans chaque cas : descriptif, relevé topographique et architectural, relevé photographique... Toutes ces informations formant un corpus pour l'étude synthétique de cet espace souterrain urbain » ;
la fouille archéologique.
L'étude de cet îlot permet déjà de dégager des données sur :
Pour l'instant, cet inventaire bénéficie des résultats acquis au cours du sondage archéologique d'une parcelle3. Celui-ci a révélé plusieurs indications intéressantes sur le mode de creusement, la construction et le comblement de cette unité souterraine. Cette intervention permet déjà, sinon de projeter les résultats d'une étude ponctuelle sur un quartier, d'évaluer l'apport et les conditions de reproduction d'une telle opération sur un quartier de la ville tant au point de vue méthodologique et technique qu'au point de vue de sa contribution archéologique. Dans ce dernier cas, elle peut-être considérée comme une opération « test ».
Fig.2 : Extrait du plan de Trésaguet (1765-1768) présentant l'îlot de recherches Consulat/Elie Berthet. La partie magenta est l'emplacement du sondage archéologique (rue Montant Manigne = rue Elie Berthet actuelle).
En outre, il faut pouvoir mener parallèlement l'étude des ouvrages souterrains menacés par les travaux d'urbanisme de ces dernières années, quand nous en sommes avertis à temps, avant destruction. Dans ce cas, il s'agit, vu le caractère d'urgence, d'effectuer un travail de « sauvetage ».
Si la (lest fonction(s) de ces monuments, et leur datation, restent encore amplement à préciser, il devient urgent dès maintenant, vu le rythme soutenu de destruction de ces ouvrages liée aux travaux d'urbanisme, d'aborder leur étude sous tous ses aspects.
Tout d'abord ces structures se rencontrent principalement, voire exclusivement, dans quatre secteurs de la ville contemporaine :
la ville médiévale du Château ;
la ville médiévale de la Cité ;
l'ancien faubourg Manigne (place des Jacobins, rue Delescluze) ;
le quartier des Arènes ;
sans oublier le réseau dense des aqueducs, tant antiques que modernes, qui parcourent l'agglomération.
De plus, ces excavations se retrouvent sous toute la superficie de ces aires. En effet, non seulement les parcelles construites se retrouvent sur du « vide », mais également toutes les voies de communication4.
Du point de vue architectural, nous rencontrons deux grands types : les structures maçonnées et celles creusées dans le substrat rocheux, et ce sur deux, trois, voire quatre niveaux5.
A l'heure actuelle, nous accédons, en général, au sous-sol par une trappe ménagée à l'intérieur de la maison. Ces caves devaient avoir, primitivement dans la plupart des cas, un accès direct depuis la rue, s'ouvrant par une porte, habituellement surbaissée, donnant sur un escalier monumental6.
Ces lieux, outre leur destination principale et initiale de conservation du vin et autres denrées, ont pu être utilisés à d'autres fins : certains aménagements (placards, niches, cuves en pierre, puits, four, etc.) nous incitent à penser qu'occasionnellement ces sous-sols ont pu servir d'abri ou de zone de vie dès le Moyen Age. En outre, il est hautement probable que ces sites ont abrité des commerces7, voire des ateliers artisanaux8, mais ceci reste à mettre en évidence en recoupant nos informations tant bibliographiques, archivistiques, ethnographiques ou archéologiques.