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Vignols - Le bourg, Maison du Chapitre

2011

Antiquité - Moyen Age

Julie DUPONCHEL

  

 

L’église de Vignols est connue par les textes dès le Xe siècle. En effet, entre les Xe et XIIe siècles, les chanoines du chapitre de Saint-Etienne de Limoges constituent un important patrimoine viticole sur la paroisse ainsi que sur des paroisses voisines (Voutezac, Donzenac, Allassac, ...), dont le terroir était particulièrement apprécié au Moyen Age.

La Maison du Chapitre n’apparaît dans les textes qu’à partir du XIVe siècle (A.D.H-V. 3G 650). Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les chanoines ont mis en place un système de fermage et chaque nouveau contrat (signé pour neuf ans) est l’occasion d’une visite et d’un inventaire du mobilier. Conservés aux Archives Départementales de la Haute-Vienne, ces textes sont particulièrement utiles pour tenter de restituer l’aspect et l’organisation de l’édifice, profondément remanié à partir du XIXe siècle. En effet, l’ancienne maison canoniale est toujours en élévation et sert depuis le milieu du XIXe siècle de mairie. Vendu comme Bien National en 1793, l’édifice a été divisé entre plusieurs propriétaires et transformé en loge­ments. En 1873, la partie sud a été rachetée pour y aménager une école de garçons et la mairie ; en 1879, la commune acquiert le reste de l’édifice pour y installer une école de filles. Les Archives Départementales de la Corrèze conservent plusieurs devis qui montrent l’importance des transforma­tions. Il reste donc peu de vestiges de l’époque médiévale, l’élévation extérieure du bâtiment ayant également subi de nombreuses modifications – notamment la réalisation d’un enduit sur toutes les façades et l’ouverture de nombreuses baies au XIXesiècle. Les fondations d’une des deux caves de la mairie ont toutefois attiré l’attention du SRA lors d’une visite et laissent penser que le bâtiment aurait été construit sur un édifice antérieur gallo-romain. Il s’agit de deux pans de murs dont l’état de conser­vation est variable (3,90 m de longueur sur 0,40 à 1,40 m de hauteur pour le mur ouest et 4,80 m sur 1,10 m pour le mur nord). Ils sont bâtis en moellons de grès de petit appareil et noyés dans un épais mortier jaune. Chaque assise est parfaitement régu­lière et quelques moellons en « opus spicatum » ont également été observés sur le mur ouest. Cet appa­reillage a éveillé l’attention des archéologues, sug­gérant une construction pouvant remonter aux périodes gallo-romaines ou alto-médiévales.

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Vestiges du mur en petit appareil (mur ouest) ; on remarque le lit de moellons inclinés en « épis de blé » sur les deux assises supérieures.

 

Un sondage archéologique a donc été réalisé par une équipe de l’association ArchéA et un groupe d’adolescents issus des communes du Pays d’art et d’histoire Vézère Ardoise. L’opération a en effet été le support d’une action pédagogique d’initiation à l’archéologie et de découverte du patrimoine.

 

Le sondage devait permettre de déterminer l’époque de construction du premier édifice et les amé­nagements postérieurs. La fouille a été complétée par l’étude des sources concernant la Maison du Chapitre au Moyen Age et à l’époque contempo­raine, conservées aux Archives Départementales de la Corrèze et de la Haute-Vienne.

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Puits et canal en cours de fouille (en arrière-plan, les murs « gallo-romains »).

 

Le sondage a concerné la presque totalité de la cave nord de la mairie et n’a pu atteindre la base des murs en raison de la remontée des eaux d’une nappe phréatique située à faible profondeur. La pré­sence de celle-ci explique toutefois les aménage­ments hydrauliques mis au jour. L’absence de mobilier archéologique ne permet pas d’apporter d’éléments supplémentaires sur la datation de ces vestiges. La Maison du Chapitre a en partie été bâtie sur ceux-ci : au nord, le mur antique sert de fondation au mur médiéval en moyen appareil ; à l’ouest, le mur médiéval a été érigé à une vingtaine de centimètres en retrait du mur ancien.

 

La fouille a néanmoins permis plusieurs observations :

 

  • dans l’angle nord-ouest des murs les plus anciens, deux aménagements hydrauliques ont été mis au jour : un puits maçonné et un canal d’évacuation des eaux. Le puits a été en partie vidé, ce qui a per­mis de le dégager sur six assises de pierres taillées. Le canal d’évacuation était recouvert de dalles de schistes et s’appuie d’un côté contre la margelle du puits. Il est délimité de l’autre par un rang de pierres. Il s’interrompt au niveau d’une structure maçonnée carrée (environ 0,80 m de côté) dont la fonction n’a pu être déterminée. Au-delà, le néga­tif du canal a été observé ; il se poursuit hors de la zone de fouille.
  • sur le reste du sondage, la stratigraphie a pu être observée sur 45 cm de profondeur. La fouille a per­mis de dégager une couche relativement homo­gène et régulièrement répartie de terre cuite concassée comprenant des fragments de briques et de tuiles – dont des morceaux de tuiles à rebord – ainsi que des blocs de mortier hydrau­lique. Elle reposait sur une couche homogène d’argile qui n’a pu être fouillée complètement du fait de la remontée des eaux. Ces deux couches pourraient être un apport anthropique, afin d’assainir le sol, en réutilisant les vestiges d’un édi­fice antique (notamment des éléments de la toiture). Aucune des deux n’a livré de matériel archéologique permettant de les dater.

 

L’étude des sources écrites permet d’envisager un complet réaménagement de la cave à la fin du XIXe siècle. La méconnaissance du puits et du canal par les habitants de la commune laisse éga­lement penser que l’ensemble aurait été aban­donné et recouvert par une couche de terre (niveau de sol actuel de la cave) au cours du XXe siècle. L’aménagement d’un puits au moment où l’édifice est transformé en école étonne néanmoins, de même que l’absence de mentions dans les sources à ce stade de la recherche. Un vidage du puits dans sa totalité pourrait apporter de nou­veaux éléments, notamment du mobilier permet­tant de dater son utilisation ou son abandon.