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Soudaine-Lavinadière - Prieuré de Lavinadière

2010

Moyen Age - Moderne

Patrice CONTE

 

 

  

2010 représente la campagne intermédiaire du second programme triennal engagé sur le site du prieuré du Saint Sépulcre de Lavinadière, qui devien­dra ensuite commanderie hospitalière, et de son église. Les résultats de cette année se situent donc dans le prolongement logique des travaux engagés l'an passé. Au moins 5 phases chronologiques peuvent être distinguées : la phase I correspond à une première occupation médiévale antérieure à celle du prieuré et encore mal documentée, la phase Il (entre le Xllle et la fin du XIV' s./début du XVe s.) correspond à la première phase du prieuré du Saint-Sépulcre, la phase III est marquée par l'abandon des premiers bâtiments et la construction d'un nouvel habitat en lieu et place de l'ancien prieuré (XVe-milieu XVII' s.), les phases IV et V marquent l'abandon puis la disparition du site.

 

Le prieuré/commanderie.

Les bâtiments clairement identifiés comme relevant de la phase II sont pour l'instant au nombre de deux : les bâtiments 3 et 4. Ces constructions sont désor­mais mieux connues. Le grand logis 3, malgré la destruction d'un bon tiers de son emprise lors du creusement du fossé Fs.11, s'avère doté d'un appentis sur son « arrière          au sud (S.37). Si le
dégagement de cet édicule n'est pas encore complet, il est en revanche acquis que l'essentiel de la partie inférieure de l'édifice a été préservé et a abrité une fonction spécialisée qu'il reste à identifier. Ici la strati­graphie et le mobilier, certes encore peu abondant, montrent toutefois que la période de fonctionnement de cette annexe est contemporaine du bâtiment 3 : la phase II.

A l'opposé, au nord, le groupe de fosses mises au jour livre quant à lui une première série d'informations inédites sur la phase de construction des bâtiments médiévaux de la phase II en dévoilant une pratique de prélèvement de matériau de construction (limon argileux blanc) destiné à la confection des mortiers des maçon­neries des édifices et en particulier du bâtiment 3.

Précisons également que le traitement de la docu­mentation lapidaire menée en 2009 autour d'une porte du bâtiment 1 a été reconduite cette année et étendue à l'étude de l'ensemble des vestiges décou­verts dans le bâtiment 3 et plus particulièrement dans le secteur 26. Cette analyse (étude M.-T. Guiot) intègre les restitutions en 3 dimensions ; elle a permis de préciser l'architecture du cellier du logis, de tester des hypothèses de reconstitutions de certaines élé­vations, voire dans deux cas de proposer des restitutions de structures entièrement disparues appartenant à l'étage supérieur du grand logis 3.

Le second bâtiment d'importance de cette période est également un bâtiment rectangulaire, mais de moindre taille que le précédent, le bâtiment 4. Malgré les nombreuses altérations qui ont porté sur ce vestige (recouvrement par l'extrémité du bâtiment 2, la tour d'angle du bâtiment 1, l'aménagement de la forge au cours de la phase III, récupération plus ou moins intégrale de certaines maçonneries), l'emprise de l'édifice est désormais presque intégralement connue, les limites de son mur pignon ayant été mises en évidence cette année. Il reste toutefois une incertitude concernant l'angle nord-ouest du bâtiment non encore reconnue et l'espace intérieur, situé sous l'atelier du forgeron (S.20) qui a été établi ultérieure­ment (au cours de la phase III) sur la couche de décombres du bâtiment 4. Concernant cet atelier, la fouille de 2010 a justement permis de préciser les limites de l'atelier, incertaines jusqu'ici du côté du nord : deux trous de poteaux aménagés au dépens du mur pignon nord du bâtiment 4 en fixent fort probablement la limite septentrionale.

 

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Au premier plan, le mur pignon du bâtiment 4, à l'arrière : l'église.

 

On doit également porter au rang des structures inédites de la présente campagne la découverte, à l'extrémité sud-est actuelle de la fouille, d'un nouveau fossé (Fs.18, secteur 34). Si ce creusement est bien identifié au terme de la fouille, sa chronologie reste à préciser. Certaines caractéristiques le rapprochent indubitablement du fossé de la phase III, Fs.11, établi quelques mètres plus à l'ouest : profil comparable, bien qu'un peu moins large, direction apparemment parallèle, même principe d'un mur d'escarpe maçonné édifié sur un premier niveau de comble­ment, il semble toutefois s'en distinguer par le mobilier recueilli dans les couches d'occlusion qui le rapprocherait chronologiquement de la phase II. Cependant, suivant une telle hypothèse de contemporanéité, on ne saisit pas encore précisément la relation topographique qui pourrait exister entre ce fossé et la présence voisine de l'appentis du S.34 et, au-delà vers le nord avec le bâtiment 3.

La zone occidentale du site a également livré d'autres aménagements contemporains de la phase II, même s'ils sont pour l'instant plus rares et ne restituent aucun indice traduisant la présence de bâtiments nouveaux. Le sondage sous la partie affaissée de la calade du secteur 26 à l'intérieur du bâtiment 2 a ainsi permis de confirmer la présence d'une sixième fosse de type silo, 

On doit également porter au rang des structures inédites de la présente campagne la découverte, à l'extrémité sud-est actuelle de la fouille, d'un nouveau fossé (Fs.18, secteur 34). Si ce creusement est bien identifié au terme de la fouille, sa chronologie reste à préciser. Certaines caractéristiques le rapprochent indubitablement du fossé de la phase III, Fs.11, établi quelques mètres plus à l'ouest : profil comparable, bien qu'un peu moins large, direction apparemment parallèle, même principe d'un mur d'escarpe maçonné édifié sur un premier niveau de comble­ment, il semble toutefois s'en distinguer par le mobilier recueilli dans les couches d'occlusion qui le rapprocherait chronologiquement de la phase II. Cependant, suivant une telle hypothèse de contemporanéité, on ne saisit pas encore précisément la relation topographique qui pourrait exister entre ce fossé et la présence voisine de l'appentis du S.34 et, au-delà vers le nord avec le bâtiment 3.

La zone occidentale du site a également livré d'autres aménagements contemporains de la phase II, même s'ils sont pour l'instant plus rares et ne restituent aucun indice traduisant la présence de bâtiments nouveaux. Le sondage sous la partie affaissée de la calade du secteur 26 à l'intérieur du bâtiment 2 a ainsi permis de confirmer la présence d'une sixième fosse de type silo, même si les conditions de sécurité n'ont pas permis d'en mener la fouille exhausti­ve. Le prolongement de la conduite Can.01 de direction est/ouest depuis le bassin Bas.01 a également été reconnu dans sa partie occidentale (S.3/38). Dans ce secteur, sa profondeur et sa largeur, nettement plus importantes que dans les parties précédemment reconnues laissent penser que l'on se trouve probablement à proximité de son exutoire vers la pente située à l'ouest. Dans la partie occidentale de la cour, deux nouveaux courts seg­ments de murs ont été mis au jour cette année (Mr.62 et 65). Leur position chrono­logique reste difficile à établir du fait des nombreux bouleversements générés par l'intense pratique de récupération de matériaux menée dans cette partie du site lors de son abandon (phases IV et V). Les questions de 2009 portant sur l'hypothèse d'un mur de clôture de la cour ou celle d'un nouveau bâtiment restent donc, pour cette année encore, non totalement réglées.

 

Concernant les vestiges relevant de la phase III, période d'abandon des bâti­ments médiévaux au profit d'une nouvelle organisation reposant sur deux bâtiments rapprochés de l'église et dis­posés en équerre autour de la cour S3, de son bassin et de son puits, la cam­pagne a essentiellement porté sur la poursuite de l'exploration de la cuisine située dans la partie ouest du bâtiment 2. le sondage sous la calade et l'évier de boucherie a permis de montrer, outre la découverte d'une nouvelle fosse précédemment évoquée, que l'aménagement du sol relève de plu­sieurs séquences d'occupation, la dernière étant marquée par la création de la calade à l'ouest. A l'est, devant la cheminée Fy.2, on a pu en revanche noter la fréquence des séquences de nettoyage des cen­driers du foyer et de recharge par apport de couches sableuses destinées à assainir la pièce et retrouver un sol relativement plan. Un mobilier non négligeable en quantité et qualité (monnaies, étude D. Dussot...) a pu être recueilli et complète les séries déjà exhu­mées. Son étude se poursuit d'ailleurs, ainsi que celle du mobilier céramique assez abondant, bien que très fragmenté, provenant de la couche d'épan­dage dépotoir située au nord-ouest de ce bâtiment (S.25) et relevant, pour le niveau concerné par la fouille cette année, de la phase II (XIV' s.).

 

L'église priorale de Lavinadière

 

En 2010 deux périodes de fouille ont été consacrées à approfondir nos connaissances sur l'église ; l'une en amont du chantier d'été a porté sur une nouvelle partie de la zone du chœur de l'édifice, l'autre, durant le chantier d'été, a concerné l'extérieur de celui-ci, au contact de la zone d'inhumation située au nord-est du chevet (S.14).

Dans l'église, bien que d'ampleur limitée, le sondage réalisé a permis de confirmer que le sol dallé actuel­lement visible relevait d'un aménagement très récent, fort probablement de la fin du XIXe s. Il a toutefois révélé un état antérieur de la période moderne cor­respondant à une limite plus restreinte du chœur et à une altitude inférieure de celle d'aujourd'hui. La dépose des dalles a également rendu possible une observation plus complète de la première pierre tombale portant gravée la croix patriarcale, insigne de l'ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. On a ainsi pu mettre en évidence l'existence d'un décor simple sur les faces latérales de la pierre, donnée inédite parmi les pierres comparables du corpus limousin (étude M. Durier). Mais l'opération a également permis de découvrir deux nouveaux exemplaires de dalles funé­raires. Si la première est assez simple, au profil en bâtière et sans décoration, ce qui la rapproche d'autres exemplaires médiévaux déjà étudiés à Lavinadière, la seconde s'avère plus originale et semble appartenir au même type que celle visible avant fouille. Son décor, invisible car la dalle a été posée retournée, est également celui d'une croix à double traverse représentée sur un socle quadrangulaire. Cette pierre possède également un décor latéral, visible sur la face qui n'a pas été recoupée, ce qui est aussi le cas des deux extrémités, retaillées en biseau. Les deux dalles décorées, ici en remploi, pourraient correspondre à une signalétique funéraire datant au plus tôt du XVe s. et plus vraisemblablement du siècle suivant.

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Dessin de la pierre tombale décorée de la croix patriarcale (insigne de l'ordre du Saint Sépulcre) découverte en 2010 dans le chœur de l'église de Lavinadière.

 

Enfin, le sondage a permis de repérer et de fouiller en partie deux sépultures orientées est-ouest, l'une disposée crâne vers l'ouest, l'autre vers l'est. L’absence de mobilier directement associé à ces deux tombes empêche d'en préciser la datation. Toutefois, la stratigraphie et le mobilier découvert dans les niveaux de recouvrement plai­dent pour une chronologie de la fin du Moyen-Âge ou du début de l'époque moderne, une datation 14C devrait, en 2011, préciser ce point (étude J. Roger).

 

Ainsi, si l'étude des documents d'ar­chives permet bien de confirmer l'information érudite du XIXe s. évoquant la présence d'inhumations de certains vicomtes de Comborn, descendants du donateur originel Archambaud IV, en précisant d'ailleurs qu'il s'agit de trois descendants de ce lignage (Guichard III, IV et V), la fouille, même si elle révèle bien la matérialité d'inhumations ne permet pas de confirmer qu'il s'agit effectivement des dépouilles des membres de cette famille dont l'histoire est indissociable de celle du prieuré de Lavinadière (étude A. Marty). On doit ici retenir également l'hypothèse d'inhuma­tions correspondant à certains des prieurs/commandeurs qui ont été à la tête de la com­munauté religieuse au Moyen Âge et à l'époque moderne.

A l'extérieur de l'église, l'extension de la fouille du cimetière vers cette dernière a permis, en 2010, d'ef­fectuer une double découverte. D'abord celle d'une nouvelle tombe qui présente un mode de couverture inédit sur le site formé d'une maçonnerie de dalles disposées à plat dont deux éléments paraissent appartenir à une même meule fragmentée (Sep.13). Ensuite, une nouvelle maçonnerie au parement cur­viligne a pu être mise en évidence (Mr.66). Bien qu'il ne s'agisse encore que d'un court segment, la fouille a montré que ce mur intègre au moins un contrefort plat et constitue le chevet originel absidial de l'église. Pour l'anecdote, c'est la découverte initiale de ce vestige vers 1878, lors de la création de la sacristie actuelle, qui expliquerait sa forme actuelle, égale­ment courbe, les maçons se bornant à reprendre comme fondation du mince mur prévu le côté inté­rieur du vestige ancien.

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Plan simplifié des vestiges du prieuré de Lavinadière (Corrèze) (état 2010).
Seules les références du texte sont mentionnées sur le plan