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Janailhac - Eglise

2010

Moyen Age - Moderne

 Patrice CONTE

 

 

 

L’engagement de travaux de restauration dans l'égli­se paroissiale Saint-Eutrope a nécessité et permis une prise en compte archéologique alors que ceux-ci étaient déjà engagés sur le terrain. Grâce au soutien de la commune et la collaboration des entreprises et de l'architecte en charge des travaux une opération fractionnée tout au long de l'année a pu être réalisée. Elle a été développée aussi bien sous la forme de sondages ponctuels que de relevés d'élévations ou d'observations architecturales par une équipe formée de deux agents du Service Régional de l'Archéologie, de plusieurs membres de l'association ArchéA-Limoges et de deux agents communaux.

Plusieurs parties de l'édifice ont ainsi fait l'objet d'ob­servations permettant à terme de renouveler nosconnaissances sur cet important édifice qui, à l'instar de nombreuses églises rurales limousines demeure encore très mal connu.

Les premières observations ont concerné le démon­tage d'un mur récent qui isolait la tour dite « de l'escalier » du chœur de l'église permettant de décou­vrir un fragment de la partie inférieure d'une statue en calcaire polychrome appartenant probablement à un évêque ou à saint Eutrope et deux dalles funéraires en granite à profil en bâtière réutilisées comme pié­droits d'une porte. Cette dernière découverte a permis de documenter l'ensemble des 8 pierres tom­bales décorées désormais connues à l'église de Janailhac (M.Durier).

Une seconde série d'observations a été consignée dans la tour « du clocher », située à l'opposé de la précédente contre le gouttereau nord de l'église. Le sondage réalisé sur une partie du sol de cette tour aux murs épais a révélé, sous les restes d'une couche de cailloux liés à la chaux correspondant à une aire de gâchage de mortier, un remblai incluant quelques ossements humains dispersés et des frag­ments de céramique modelée grise de l'extrême fin du Moyen Age ou du début de l'époque moderne. Mais l'opération a surtout permis de préciser la chro­nologie relative de la tour et de dégager la base du mur de l'église et toute la partie inférieure, conservée tout de même sur plus de 5 m de haut, d'une colonne engagée circulaire presque totalement recouverte par le mur est de la tour. La présence de cet élément architectonique et certaines caractéristiques de la base du mur de l'église confirment d'une part la pos­tériorité de l'édification de la tour « du clocher » mais suggèrent d'autre part que le chœur actuel de l'égli­se à chevet plat est le résultat de la modification tardive (fin XVe - début XVI' s. ?) d'un chœur plus ancien relevant d'une autre architecture, absidiale ou à pans coupés.

 

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 Sondage du chœur, devant l'arcature de la tour de l'escalier : au fond, le parement intérieur du mur du chevet originel à pans coupés (mire : 0,50 m).

 

Afin de vérifier cette hypothèse, trois autres sondages ont été menés dans le chœur même de l'église mettant à profit la réfection de son plancher. Le premier, situé au centre, à l'emplacement supposé de l'extrémité d'un premier chevet s'est avéré en partie décevant puisque la fouille a révélé une importante maçonnerie quadrangulaire correspondant au massif de fondation d'un maître-autel et masquant probablement le mur de l'ancien chevet. La fouille limitée sur une partie du pourtour de la maçonnerie a livré plusieurs réductions de sépultures accompa­gnées d'une obole de Hugues X de Lusignan (1208-1249) (D. Dussot).

En revanche, deux autres son­dages limités en surface, effectués de part et d'autre du chœur, ont permis de confirmer l'hypothèse du tracé et de l'architecture du chevet originel en livrant chacun l'angle de maçonneries antérieures, témoi­gnant ainsi d'une construction initiale à pans coupés. Le chœur de l'église médiévale de Janailhac s'apparentant ainsi à d'autres connus dans les environs, comme celui par exemple de l'église voisine de Nexon ou celle de Ladignac-le-Long.

De nombreuses autres données ont pu être recueillies et documentées au cours de l'opération et en partie grâce aux travaux de réfection, qu'il s'agisse de détails architecturaux concernant la voûte complexe du chœur tardif (culots sculptés, inscriptions gravées de lettres grecques sur les nervures et clés de la voûte à liernes et tiercerons...) ou sur l'organi­sation même de l'édifice que l'on doit désormais ranger dans la catégorie des églises fortifiées proba­blement au début de l'époque moderne. Précisons enfin qu'un plan précis de l'église a également été levé (B. Hollemaert), il permettra de situer les décou­vertes effectuées au cours de l'opération et d'analyser la structure de l'ensemble de l'édifice.

Si les conditions d'intervention sur un monument en cours de travaux ne sont jamais idéales, dans le cas précis de l'église de Janailhac l'investissement et les efforts des différents intervenants ont cependant permis d'obtenir une série importante de données permettant de renouveler de manière inédite nos connaissances concernant cet édifice. En retour, l'opération archéologique a permis de proposer des choix de mise en valeur non envisagés initialement, à la satisfaction, semble-t-il, de tous les partenaires du projet de restauration.