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CANTONS D’AIXE-SUR-VIENNE, ISLE,LIMOGES-PANAZOL, MAGNAC-BOURG,
SAINT-HILAIRE-BONNEVAL,SAINT-LEONARD-DE-NOBLAT

Prospection diachronique

2007

Moyen Age et Moderne

Manon DURIER

 

 

Cette prospection diachronique sur les pierres tom­bales médiévales et modernes (XIe-XVIIe siècle) vient poursuivre un inventaire débuté en 2005, pour les cantons limitrophes de Châlus, Nexon et Saint-Yrieix-la-Perche, dans le cadre d’un mémoire de master d’archéologie. La problématique, dans un premier temps centrée sur la mise en place d’une méthodolo­gie spécifique ainsi que sur la définition d’axes de recherche, a pu lors du master 2 être étendue pour intégrer l’analyse des phénomènes de répartition spa­tiale. Il s’agissait en effet tout d’abord de répertorier aussi exhaustivement que possible ce type de signali­sation de sépulture, là où la bibliographie, régionale comme nationale, ne laissait percevoir qu’un faible nombre de monuments funéraires exceptionnels, pour proposer une étude générale. Le projet, initié et soutenu par le SRA Limousin, a en outre bénéficié de la participation de l’association ArchéA pour les pros­pections de terrain. Celles-ci ont permis d’inventorier plus de 330 pierres tombales médiévales et modernes (XIe-XVIIe siècle) sur 54 communes (fig. 1).

 

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Le périmètre du corpus a été défini arbitrairement au sud de la Haute-Vienne, privilégiant en cela l’unité géologique au détriment de limites historiques en raison des mouvances mêmes du cadre politique au cours des sept siècles que couvrent le sujet. Afin de permettre la couverture d’un vaste territoire, ce sont principalement les édifices cultuels ainsi que les cime­tières actuels qui ont été prospectés. Chaque pierre tombale a été documentée par une fiche descriptive qui lui est propre, certaines ont pu être relevées, toutes ont été photographiées. L’utilisation, en inté­rieur, d’un éclairage rasant créé par l’emploi de projecteurs a en outre permis de rendre lisible les décors à demi effacés par l’érosion, autorisant ainsi le dessin directement sur ordinateur de nombreuses dalles funéraires d’après des clichés redressés. L’exploitation de ces informations de terrain a été assurée par le biais d’une base de données, outil rendu indispensable par la quantité des pierres tom­bales inventoriées. La plupart de ces monuments funéraires sont anépigraphiques et les gisants restent rares. En effet l’iconographie funéraire limousine est dominée par la figuration de la croix, généralement représentée pattée, fleurdelisée ou trilobée. L’utilisation de motifs très semblables durant plusieurs siècles ainsi que la quasi absence d’inscriptions font de la datation un épineux problème. Plusieurs pistes de recherche, au premier rang desquelles l’archéologie, ont été explorées pour résoudre cette interrogation majeure ; cependant les découvertes de pierres tombales en contexte non perturbé sont très rares et les sources de comparaisons iconogra­phiques (numismatique, Œuvre de Limoges, vitraux, fresques, croix monumentales...) sont peu satisfai­santes. Quant aux documents d’archives, ils n’apportent aucun secours en matière de datation. La réalisation d’une typo-chronologie de ces monuments funéraires s’avère donc aussi indispensable que déli­cate. Une typologie des pierres tombales en bâtière du corpus été proposée et des tables rassemblant, de proche en proche, les croix sculptées sur les dalles funéraires (table synthétique : fig. 2) ont été établies.

Au-delà des questions de chronologie, une telle entre­prise de prospections soulève de nombreuses questions sur la représentativité des vestiges visibles. Quels sont les biais de conservation? Quelle estima­tion donner du nombre et des types de pierres tombales initiales ? La répartition spatiale à l’échelle du corpus montre qu’en dépit de fortes disparités entre les communes, on perçoit les principaux traits. De manière générale, il semble que les pierres tom­bales se diffusent d’abord dans les milieux monastiques et dans quelques foyers urbains. Ce premier essaimage, qui débute dès le XIe mais ne se densifie qu’au XIIIe, voire au XIVe siècle, réserve ce type de monument funéraire aux élites. Durant l’époque moderne en revanche, artisans et prêtres s’emparent de ce moyen d’affirmation sociale : des objets évoquant des professions (semelle pour les fabricants de chaussures, outils de découpe pour les bouchers, marteau et tenailles du forgeron, navette du tisserand...) et des éléments symbolisant des prêtres (calice, patène, manipule...) sont sculptés de part et d’autre des grandes croix habituelles. A ces éléments d’identification on ajoute souvent la représentation du bourdon et de la panetière, emblèmes du pèlerinage, sans qu’il soit nécessairement fait référence à Saint-Jacques-de-Compostelle. Tout au long du Moyen Âge et de l’époque moderne, la croix s’affirme comme la principale représentation dans l’iconographie funé­raire, or cette figuration s’avère beaucoup plus signifiante que celle de simple emblème du christia­nisme. En effet, symbole efficient du Christ, la représentation de la croix protège les défunts de la prédation redoutée des démons. Elle évoque égale­ment le sacrifice du Rédempteur et sollicite vraisemblablement sa clémence lors du jugement dernier.

Reflet de la société et de la spiritualité des époques auxquelles elles ont été produites, les pierres tom­bales médiévales et modernes limousines constituent un sujet d’étude parfois âpre, mais elles se révèlent être un prisme d’analyse fort intéressant. Leur inven­taire est urgent car elles disparaissent, notamment dans les cimetières où elles ont été remployées jusqu’au milieu du XXe siècle, et les motifs sculptés de celles qui subsistent s’érodent au point de devenir illi­sibles. La poursuite des prospections s’impose également pour permettre l’approfondissement de leur compréhension : tenter d’expliquer un ou quelques monuments funéraires reste une entreprise quasi vouée à l’échec, tandis qu’un changement d’échelle permet par l’analyse sérielle et spatiale de distinguer le particularisme local des constantes régionales, de débusquer l’influence des contin­gences politiques ou sociales, d’aborder les aspects de la production... Une thèse de doctorat est envisa­gée sur ce sujet, elle devrait prendre pour cadre le diocèse de Limoges, c’est-à-dire approximativement la région Limousin actuelle. Il s’agirait alors d’un type d’étude systématique inédit en France qui, d’après les estimations que l’on peut faire, rendrait possible un raisonnement sur un corpus d’environ 4 450 pierres tombales, si ce n’est plus.

 

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