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 Saint-Jean-ligoure - Châlucet (Bas Castrum)

2003

Moyen Age

Patrice CONTE

 

 

 

 

 

 

La cinquième campagne de fouille programmée réa­lisée sur le Bas-Castrum de Châlucet a porté, cette année, essentiellement sur la poursuite de l'étude du quartier de l'agglomération situé à l'extrémité nord-ouest du castrum, délimitée par le mur d'enceinte et la via publica qui traverse l'ensemble du site de Châlucet.

Un décapage d'une centaine de mètres carrés a été engagé entre la façade nord du bâtiment à contrefort (IV) et la muraille de l'enclos castrai. Les premières structures découvertes, au pied même de la maison IV, correspondent à un massif quadrangulaire de pierres. Sa partie orientale, étudiée les années pré­cédentes, peut être interprétée comme étant un édicule protégeant l'accès en rez-de-chaussée de la bâtisse. La partie étudiée en 2003, à l'est, dans le prolongement de la précédente pourrait être la base d'un massif d'escalier extérieur permettant d'accéder directement à l'étage suivant un type d'organisation que l'on retrouve sur certaines maisons médiévales et sur la tour Jeannette à Châlucet. La zone compri­se entre cette structure et le parement de l'enceinte nord comprend plusieurs maçonneries à simple pare­ment contenant un remplissage de pierres pouvant correspondre à des vestiges de terrasses ou de bases de bâtiments annexes établis dans la vaste cour entourant le bâtiment à contrefort IV. On notera également la présence, dans le même secteur, d'un nouveau type d'édifice inédit sur le site qui s'appa­renterait à une structure semi-enterrée dont l'architecture repose à la fois sur l'excavation du rocher sur environ un mètre de profondeur et un péri­mètre délimité par des murs minces à simple ou double parement.

 

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La seconde zone étudiée en 2003 est située au sud, elle est définie par une série d'édifices disposés en enfilade (d'est en ouest : secteurs 2, 20, 21, 22 et 23) et immédiatement au sud, un nouvel ensemble de bâtiments (secteur 24 : bâtiment V et 11 : bâtiment I). Seule la fouille du secteur 21 a été achevée en 2003. Ce petit espace quadrangulaire remplit un rôle d'im­portance dans l'organisation de l'habitat du secteur puisqu'il participe à la circulation vers les étages des diverses pièces voisines par le truchement d'un esca­lier en pierre dont la première volée est parfaitement conservée (la seconde a été en grande partie déman­telée). A ce rôle de distribution s'ajoute une fonction domestique matérialisée par un dispositif d'évier monolithe complété par une évacuation intégrée à l'escalier. Il est également probable que le palier d'étage ait été également utilisé pour supporter un foyer temporaire comme en témoignerait une petite zone rubéfiée repérée à la fois sur le pavage et le socle rocheux formant le sol de l'étage. On notera, à l'ouest, contre l'enceinte, la présence d'un dépotoir (c.XlVe s.) installé au débouché d'un entremis, proba­blement associé à des latrines d'étage, dans un espace séparant le bâtiment III d'un nouvel ensemble bâti se développant au sud.

 

Ce dernier ensemble s'avère composé d'un groupe d'au moins trois bâtiments structurellement isolé du groupe d'édifices voisin immédiatement situé au nord :

 

- à l'ouest, une «maison-tour» dont une élévation a déjà fait l'objet d'une étude (BSR, 1998, p. 49-50) et d'un sondage (BSR, 1999, p. 47-48) ;

- au centre, un vaste bâtiment rectangulaire inédit (dim. internes : 62,5m2 env.) ;

- au sud, un autre édifice, non encore fouillé, et accolé au précédent.

 

La fouille 2003 s'est surtout attachée à l'étude du bâtiment central. Cette vaste bâtisse d'orientation est-ouest intègre sur son mur gouttereau méridional deux ouvertures : une large porte située presque à l'une des extrémités du mur et une baie ébrasée de plan décentré incomplètement conservée. Cette der­nière pourrait correspondre à un simple jour de lumière mais tout aussi probablement à une fente de tir dont la fonction serait de protéger la porte de l'édi­fice. La fouille de l'intérieur du bâtiment V n'est pas achevée, on se limitera à constater, sous un épais remblai d'écroulement, la présence de nombreux élé­ments lapidaires, dont l'étude, actuellement en cours, permet d'évoquer la présence de plusieurs dispositifs initialement intégrés aux étages de ce nouveau bâti­ment (placard, baie, cheminées...). Lanalyse des élévations de l'ensemble de ce secteur a également permis de préciser la chronologie relative des constructions de ce secteur : le bâtiment V constitue l'unité la plus ancienne contre laquelle on établit un nouvel édifice à l'est (S.35), pendant qu'à l'ouest est construite la maison-tour I utilisant le mur pignon occidental du bâtiment V.

 

Lensemble des constructions fouillées ou en cours de fouille depuis 1999 s'est donc enrichi, cette année, de plusieurs nouveaux édifices qui confirment encore la forte densité de l'habitat dans cette partie de ce castrum rural à un point tel qu'il est désormais pos­sible d'évoquer ici le début d'un processus d'urbanisation non abouti.

 

Les travaux de l'équipe ont également porté en 2003 sur le traitement des nombreuses informations recueillies depuis maintenant 5 ans sur le site : les quelques 340 éléments lapidaires découverts jus­qu'ici ont nécessité l'élaboration d'un système d'analyse et une base de données spécifiques (J. Denis). Le traitement des objets métalliques a été poursuivi cette année (C. Gargam et M. Drieux). On notera d'ailleurs, parmi les artefacts recueillis en 2003 la présence plutôt rare d'un élément de mors de filet probablement damasquiné et de plusieurs élé­ments monétaires compris entre la fin du XII le s. et le début du XVe s. (D. Dussot). Parallèlement, l'exploita­tion des sources d'archives inédites ou partiellement connues a également été poursuivie (Ch. Rémy) et livre de rares mais précieux éléments concernant la topographie urbaine, le statut de certains habitants du castrum de Bas-Châlucet et leur cadre de vie.

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façade nord du bâtiment à contreforts IV. Au premier plan, massif de la fondation de l'édicule accolé contre la façade.

 

Les recherches de terrain ont également porté sur deux autres secteurs du site en 2003 :

- à la suite des découvertes effectuées lors d'un sondage réalisé le long du chemin médiéval, au nord-est du Bas-castrum (BSR., 2000, p. 53-54), une prospection géophysique a été menée dans toute la partie septentrionale de la confluence des rivières Briance et Ligoure (C. Bobée, E. Marmet, P. Wuscher). Sous réserve de l'indispensable identifica­tion par la fouille, l'opération confirme bien la présence de plusieurs structures et aménagements : d'une part entre le chemin médiéval et la berge de la Briance, d'autre part en contre-haut des premiers vestiges fouillés le long de la voirie, vers l'ouest.

- enfin, les conditions climatiques particulières du mois d'août 2003 ont permis de découvrir les ves­tiges d'un franchissement inédit sur la Briance matérialisé par deux bases de piles d'un pont médié­val dont l'architecture intègre un avant-bec en amande, à l'instar de plusieurs autres ponts médié­vaux limousins.

La fouille d'une telle architecture, si elle pouvait être menée, constituerait un apport exceptionnel à l'orga­nisation de l'ensemble du site de Châlucet et à la connaissance de l'architecture des ponts au Moyen Âge en Limousin.