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Aix - Le Grancher

1992

Moyen Age

Patrice CONTE

 

 

 

 

Cette opération de sondage s'intègre à la prospection thématique sur les villages désertés en Corrèze.

Le site occupe un affleurement rocheux dominant un étroit vallon où coule un affluent de la Sarsonne. Les vestiges se présentent sous la forme d'un amoncellement de pierres, sans murs apparents en élévation, sur plus d'un hectare.

Description

La prospection et les premiers relevés topographiques ont permis d'identifier plusieurs bâtiments ou structures formant l'ensemble principal de l'habitat :

un long bâtiment rectangulaire (env. 28 x 8m) formé d'au moins quatre pièces disposées côte à côte ;
un ensemble central de plusieurs pièces accolées (env.19 x 13m), auquel est associée une petite structure circulaire ;
une vaste enceinte quadrangulaire, partiellement reconnue (env. 15 x 12m) qui pourrait être un enclos.
A ces trois principaux ensembles, il convient d'ajouter les traces d'une enceinte probable se développant en ligne brisée sur une longueur totale d'environ 55m suivant une direction générale nord-ouest/sud-est. Un tertre d'environ 5m de diamètre (four ?) est situé à l'articulation de deux des segments de cette enceinte dont l'extrémité sud a été détruite par les travaux de remembrement. Plus au sud, un nouveau segment de talus, apparemment isolé, se développe sur une quinzaine de mètres de long. Deux autres structures complètent le site : à l'est un fossé conservé sur une longueur de 30m, remblayé au niveau d'un chemin actuel, puis comblé en partie mais identifiable sur plus de 10 m ; et, au nord, à une centaine de mètres sur le versant opposé, une structure allongée à plan absidial. Le couvert forestier étant important, il est probable que d'autres structures puissent être repérées lors de prospections hivernales.

La fouille

Une série de deux sondages a été réalisée en 1992. L'un d'eux a concerné le groupe de structures situé au centre de l'habitat. Il a permis de localiser et d'étudier l'angle d'une pièce de 5 x 5 m environ. La partie occidentale du site a été aménagée à partir du décaissement d'un affleurement granitique afin de livrer le matériau nécessaire aux constructions et de les aménager sur une terrasse plane. De fait, le mur oriental de cette pièce a été appuyé directement contre le rocher et ne présente qu'un parement interne. La fouille a révélé, sous la couche d'effondrement, un sol constitué localement par le substrat dont l'irrégularité a été compensée par la réalisation d'un pavage sommaire sur lequel ont été recueillis des tessons de céramiques et un fragment de pierre à affûter en grès rouge.

Le deuxième sondage, réalisé sur une unité du long bâtiment rectangulaire, a permis d'étudier partiellement une cellule quadrangulaire (dimensions internes : 4,2 x 4,5m). L'architecture des murs apparaît hétérogène : murs à double parements et noyaux internes de largeurs différentes (murs de 0,70m et 1m de large), mur "banquette" aménagé dans le rocher et mur à parement formé de pierres dressées. Cette diversité, que l'on peut imputer en partie à une adaptation technique à la roche encaissante traduit aussi probablement des différences chronologiques dans les phases de construction que seule une analyse reposant sur la fouille complète du bâtiment serait en mesure d'éclairer.

L'étude des structures internes confirme cependant l'hypothèse d'une évolution du bâti : en effet, la première phase chronologique est caractérisée par la présence de trois fosses, interprétables comme des silos de conservation qui ont été comblés et en partie fossilisés par certains murs. Les comblements ont livré quelques fragments de céramiques de type médiéval. Le second état perçu en fouille correspond donc à l'abandon des silos par remblaiement total ou partiel. Plusieurs autres structures excavées ont été identifiées : il s'agit de petits trous cylindriques (trous de piquets) ou d'excavations aménagées dans le substrat, l'une d'entre elles ayant pu servir de dépotoir.

La stratigraphie révèle ensuite une couche hétérogène de terre crue et de pièces de bois carbonisées, correspondant à une couche d'incendie fossilisée par les niveaux supérieurs d'effondrement. Des fragments de marmites, quelques objets métalliques et de nombreux macro-restes végétaux ont été recueillis dans cette couche et sur le sol de la pièce. Quelques fragments caractéristiques évoquent les productions céramiques du Bas Moyen Age.

Les sondages permettent de proposer plusieurs constats ou hypothèses : l'abandon, qui reste à dater précisément, semble brutal et lié à un incendie, au moins partiel ; l'organisation évoque un habitat structuré autour de bâtiments résidentiels auxquels sont associées des annexes agricoles et domestiques. Toutefois, plusieurs aménagements suggèrent également une vocation de fortification, même si elle nous apparaît pour l'heure peu impressionnante et vraisemblablement plus symbolique que réellement défensive. présence d'un mur d'enceinte sur le flanc sud-ouest, d'un fossé à l'est prolongé au nord par la pente naturelle du terrain...

Les premières données d'archives, qu'il s'agisse de documents cadastraux qui livrent deux toponymes "au Château", ou de sources publiées qui mentionnent, lors d'une transaction effectuée en 1510, le ""repaire du Grancher", permettent d'évoquer l'hypothèse d'une résidence de noble rural à la fin du Moyen Age.

Seule la poursuite des recherches de terrain et archivistiques permettront de mieux appréhender ce type d'implantation, archéologiquement et historiquement mal connu : une probable maison noble qui n'est plus tout à fait une simple ferme, mais pas encore un château-fort.

 

grandcher

Aix - Grandcher : Stratigraphie partielle du bâtiment 1. Le silo 178 appartient à un premier état fonctionnel, il est définitivement abandonné lors de la dernière occupation.